mardi 16 février 2016


Je viens de retrouver ça dans mes archives
A propos d’un certain débat culturel du lundi  6 décembre 2010 à la Salle Vasse à Nantes

Ce débat, je n’y étais pas et ce ne devait pas être vraiment un débat puisque aucun des deux articles de Ouest - France et Presse - Océan du mercredi 8 décembre ne nous fait part d’éventuelles interventions du public pendant la séance.
Par contre, ces deux articles tentent de nous traduire assez succinctement les trois conceptions de l’avenir de la politique culturelle municipale : celle de Jean Blaise, grand maitre de chapelle des activités de loisirs touristico-culturelles de notre belle Agglomération, celle de Jean-Louis Jossic devenu calife de la culture municipale à la place du calife Yannick Guin rétrogradé volontaire au poste de Conseiller délégué à la Recherche.
Michel Valmer, nommé gardien de phare de la salle Francine Vasse par le dit ex- adjoint à la culture, est donc l’hôte de cette vénérable assemblée.
Plutôt que de disserter pendant des heures sur ces diverses préoccupations, il suffit de regarder les deux photos illustrant les articles d’Ouest-France et de Presse-Océan pour tout résumer :      
Avec la moue du visage fatigué, Jean Blaise s’en fout.
Avec le micro du chanteur breton à la main, Jean-Louis Jossic s’agite.
Malgré la chaleureuse estime que celui-ci porte à ses deux interlocuteurs, Yannick Guin a un petit rictus d’énervement assaisonnée d'une pincée de mépris.
Avec le retrait naturel  de l'animateur du débat, puissance invitante, Michel Valmer garant de la sage réputation de son établissement voudrait bien maintenir la cérémonie dans les limites d’une saine correction.
Les photos de presse étaient très parlantes même sans les bulles ajoutées par mes soins.
 


 

vendredi 12 février 2016


IL EST GRAND TEMPS

Je vous disais donc le 28 janvier dernier qu’un automne très estival s’était prolongé jusqu’à bien tard dans l’année reculant inexorablement la reprise des travaux citadins d’hiver. Il était donc grand temps en ce début 2016 de secouer la bête pour renouer avec des activités de blogueur, youtubeur, et autre chansonneur patenté.
Profitant du bon état d’esprit entretenu par un  reste de hâle estival il fallut tout d’abord faire à la fois un état des lieux et des âmes ; puis, par ces temps maussades, se sermonner pour ne pas donner dans le genre citoyen boudeur sachant que notre âge plus que respectable est forcément considéré comme seul et unique responsable de nos manifestations de mauvaise humeur.
Comme il me vint à le rappeler dans le précédent billet, on apprend à nager en hiver…(et donc à patiner en été) Aussi, inspiré par ce trait de sagesse, je me suis imprudemment jeté à l’eau sans bouée ni gilet de sauvetage pour me noyer dans une mer totalement inconnue que les initiés appellent « You Tube »
Après avoir coulé, touché le fond, remonté plusieurs fois à la surface, ingurgité et régurgité des clics et des clacs à chaque aller-retour, battant l’eau et l’air en éructant mille e-jurons, j’ai senti soudain que mes ailes fragiles commençaient à me porter.
Aujourd’hui, quelques premiers morceaux choisis parmi notre long répertoire de chansons barbotent quelque-part dans l’infini des galaxies, perdus au milieu des mille et mille milliards d’étoiles, de planètes, de comètes et autres petites perles, larmes et cailloux jetés sur le chemin.
Donc, comme un grand, j’ai depuis quelques jours lancé dans l’univers des nouveaux missiles et, comme on disait aux grands « admiratifs » de nos pâtés de sable sur la plage : « C’ui-là, c’est moi qui l’a fait ! »
 
Ombre et silence

Cette chanson est tirée de notre album « Je t’écris, écoute… » sorti en 2005.
Au début de mes études d’Architecture un professeur remarquable nous apprenait à voir les statues et les objets en apprenant à voir et à dessiner les vides autour de ceux-ci.
Influencé par cet enseignement, je me suis souvent efforcé de regarder les vides autour des êtres et des choses et d’apprendre ainsi à mieux les voir et les comprendre.
Plus tard, en 1979, Serge Crampon, artiste plasticien, m’a demandé d’écrire quelques lignes consacrées à l’une de ses expositions : 

« J’ai appris sur un tombeau de la cathédrale de Nantes le secret de Michel Colombe, l’alchimiste-sculpteur. L’épée de « La Justice » m’a transmis un code, celui de son message, celui de ton message : « L’œuvre est un silence, son vide est un cri »
Silence, couleur, trait, silence, ombre, geste, pas, courbes, bris, silence. « L’œuvre est un silence, son vide est un cri »
La femme qui te regarde tourne ses yeux vers ailleurs, comme ses yeux dans la nuit pour y lire l’étoile oblique.
Tout est en deçà. Tout est au-delà »
Puis vint un jour : « Ombre et silence »

Cette tendresse pour « l’absence » de l’autre se retrouve aussi dans la chanson : 

Un homme écrit pour moi

Une infinie distance entre deux êtres qui s’aiment peut engendrer la plus émouvante étreinte. De ce lointain qui nous sépare s’épanouissent nos plus beaux instants d’amour.
Dans une chanson écrite en 1976 et consacrée aux « gens » de l’île de Groix », il y avait ces quatre vers :

De nos exils, de nos maisons
Des mots rediront l’eau et l’algue
Et d’autres mots montent des vagues
L’amour s’écrit à l’horizon. 

Et puis une petite dernière pour notre bout de chemin ensemble avant de se quitter et se retrouver très prochainement. 

Quai des fantômes

jeudi 28 janvier 2016



Coucou !

Le mercredi 22 avril 2015, il faisait beau, le muguet était déjà là près du portail et grignotait la petite allée gravillonnée menant à la maison.
Sur la page de ce 22 avril la Loire se cachait derrière la levée. Ceci n’a pas changé depuis ; en témoigne cette photo prises bien des mois plus tard.
 

 
Un printemps de belle tenue fut suivi d’un été serein passé à réfléchir à rien entre les rangs d’un jardin potager exigeant, capricieux parfois mais toujours riche d’une naturelle générosité.
Les visiteurs et autres passants semblaient y voir l’image du bonheur en ignorant qu’un jardinier peut secrètement passer son temps à attendre le fruit du vœu qu’il fit un jour en entendant le premier chant de coucou de l’année.
Que reste-t-il de tout cela
Dites-le-moi ?

Un proverbe dit : « On apprend à nager en hiver et à patiner en été ». Il est vrai qu’en été, je patine, je patine, avec tout de même suffisamment de bonheur pour me sentir fort capable de nager dedans en hiver, d’oublier momentanément le coucou en lui donnant rendez-vous, s’il le veux bien, au printemps prochain.
Tout ça pour dire, pour se trouver une excuse, pour essayer de comprendre pourquoi je n’ai rien écrit sur ce machin-blog (ni ailleurs d’ailleurs) depuis le mercredi 22 avril 2015 qu’il y a peut-être une forme d’équilibre dans la pratique d’activités saisonnières. Si le jardin, la terre et l’eau dorment en hiver, la plume, l’encre et les notes s’activent à nouveau quand il retombe sur nous. Sauf peut-être une ou deux chansons que je daterai en été par esprit de contradiction.
Depuis ce 22 avril qui n’a rien de particulier ni d’exceptionnel, j’aurais pu mourir, par exemple, et mon blog n’en n’aurait rien su ?
Bien entendu, en ce genre de circonstance, je ne peux pas compter sur mes lecteurs qui se montrent presque totalement inexistants, mais plutôt sur un égaré de la toile détourné de son chemin par un coucou malfaisant. Bref, le seul qui aurait pu croire à ma mort et donc aujourd’hui à ma résurrection et dont j’ignore tout.
Pourquoi, bon dieu ! Pourquoi ?
J’ai des amis qui font le tour du monde en bateau et qui se sont battus contre des vents déchainés dans les canaux de Patagonie chilienne tandis que Noël s’approchait à grands pas. Ils trouvent le moyen d’écrire un journal, de nous parler des livres et des moutons qu’ils dévorent, des longues escales solitaires bloqués sous les falaises et les glaciers de la Cordillère et des quelques mots de poésie qu’il leur suffit d’échanger dans ce vide silencieux pour atteindre le secret bonheur de leur sentiment d’éternité.
Je n’ai donc aucune excuse et si mon blog ignore ma mort, il faut bien l’avouer, je m’en fous royalement !
Pourtant, cher lecteur (soyons modeste, commençons par le singulier) il faudra vous y faire : je remets le couvert aujourd’hui, je dresse à nouveau ma table de lecture pour vous inviter au festin de mes élucubrations. Si vous avez enfin un commentaire à faire, écrivez-le sur la nappe ou bien écoutez pour fêter nos retrouvailles : 
 
Surabaya Johnny – Paroles de Boris Vian – Musique de Kurt Weill
Rochefort sur Loire – Poème de René Guy Cadou – Musique de Jean-François Salmon
 

vendredi 17 avril 2015


        Les Ediles Nantais ont lancé, il y a quelques mois, "Le Grand Débat" à grand renfort de communication afin de réfléchir et consulter la population sur la présence du fleuve dans la ville et le devenir de celle-ci en regard de celui-là. Qu'en adviendra-t-il ?
        Entre l'exercice routinier des habituels lobbyistes de tous poils et les lamentations des éternels nostalgiques, il semble qu'il y ait peu de place pour l'évocation poétique du fleuve et de la ville d'aujourd'hui en marche vers leur avenir. Pour mener cette grande réflexion sur le fleuve dans sa ville, il serait peut-être judicieux d'aller l'appréhender ailleurs, tout au long de son cours ou dans quelque endroit secret dont la poésie viendra vous révéler l'essentiel.  
LA LOIRE
 
« La Loire, c’est un désert habité comme un fleuve africain. »
 
Désert parce que beaucoup n’y voient rien. Habité comme le sont aussi ces êtres d’exception qui empruntent les chemins gracieux de ce territoire muet. Leurs regards y  portent une tendre attention et révèlent des objets invisibles. Leurs voix se fondent dans le silence de l’eau.
Ainsi sont et font ceux qui rêvent encore des fleuves africains.
Nous sommes ces rivières affluentes venant de pays différents pour rejoindre à leur façon le fleuve fédérateur. Descendant du nord ou du sud, nous y avons mêlé avec les eaux, nos origines et le parfum des sources de l’enfance. C’est dans cette géographie que se sont rejoints nos deux chemins sur la Loire. Il nous suffisait de laisser le courant nous porter jusqu’à Nantes.
Une attention distraite vers l’amont du fleuve venait souvent dissiper l’enfant pêcheur à la ligne, comme si je pressentais déjà que ce qu’il me fallait encore longtemps attendre viendrait de là. Nous savions aussi pourquoi notre vie allait ressembler à une descente de fleuve et qu’avant d’atteindre définitivement l’estuaire, il nous arriverait cent fois de le remonter comme un bonheur cent fois revécu.
Etions-nous devenus ces saumons dont je portais le nom anglais? Etions-nous ces poissons voyageurs remontant vers l’amont sans cesse pour sans cesse nous recréer ? Cette vie de descente d’un fleuve, nous allions la raconter plus tard dans nos chansons.
Et pourtant, que les inconditionnels de « leur » Loire, celle de « chez eux » ne me fassent pas procès mais, ce fleuve, il me faut en changer quand changent les saisons.
Avec l’espérance du printemps il est porteur de transhumances. Pour les lamproies, les saumons et les aloses c’est le temps de la remontée dans les eaux lourdes de la fin de l’hiver. Chacun sait par instinct pourquoi il entreprend ce voyage vers l’amont. 
Après avoir franchi la porte d’écluse qui ouvre la ville sur le fleuve, accompagné par la marée venue de l’estuaire, je retrouve la compagnie de ces ambassadeurs des temps nouveaux. Un long travelling d’une Loire bordée de végétations naissantes défile lentement au rythme de mon bateau plat poussant l’eau généreuse, un rideau de verts tendres et translucides que je ne verrai qu’une fois chaque année et que mon regard pour cette raison suivra attentivement.
Puis vient cet autre fleuve, celui qui se découvre et que je découvre chaque été derrière la levée face à « la maison des bords de Loire », celui des temps chauds, des réveils matinaux de pêche à la ligne, des nuits sur le bateau plat « cabané », à l’écart du rivage. C’est le temps du jardin généreux, des fruitiers en fleurs, puis des semences, des plantations, le temps des premiers fruits,  des fraises  et des cerises de juin, des mirabelles, des poires, des pêches de vignes et des framboises enfin, avant la maturité des raisins de la treille et des pommes de septembre. Puisque nous sommes au « Jardin de la France » chaque maison en est une infime parcelle sur le chemin de ce fleuve.
Comme le plaisir des gastronomies savantes et inventives, le fleuve porte en cette saison le troublant mariage d’odeurs de menthe, de vase, de poissons séchés, de rouches et de limon frais, dans l’air fumant au-dessus de l’eau silencieuse.
Puis les nuits viennent lentement s’installer sur la mélancolie d’un été qui chaque soir semble mourir parce qu’il se rapproche imperceptiblement de cette échéance. Les vents montent plus souvent de l’ouest et s’engouffrent sous les arches du pont de pierre. L’eau regagne doucement les berges du lit majeur pour lécher les traînes de feuilles tombées des peupliers, des saules et des frênes. Il faut rapprocher les barques des abris de la rive. Le courant se fait plus vif et devient alors ce compagnon du voyage de retour vers l’aval. J’abandonne les eaux qui montent sur les prairies et l’angoisse diffuse que cette lente invasion provoque.
Le fleuve s’apprête à redevenir le majestueux miroir des lumières bruyantes de la ville, tandis que plus haut, sur les jardins abandonnés, le silence des ciels bas couvre d’un linceul humide les arbres dépouillés. Les êtres et les choses ressemblent à des guinguettes fermées et muettes dont le destin sera d’attendre et d’accepter la métamorphose des paysages sous la montée des crues. On fêtera Noël et quelques réjouissances derrière les volets clos des maisons familiales et moi, penché au-dessus d’un pont de la ville où passent les tramways, j’aurai oublié que le courant intense et limoneux qui court sous mes pieds vient du fleuve d’en-haut. Entre l’été des grèves de l’amont et l’hiver des lumières de la ville se situe mon vrai pays.
                                                                          

 

 

mardi 10 mars 2015

                                   
Le 29 novembre 1935, veille de son décès, Fernando Pessoa est admis à l'hôpital Saint-Louis des Français à Lisbonne pour une cirrhose décompensée. Il écrit son dernier mot en anglais: "Je ne sais pas de quoi demain sera fait"
Plus tard, bien plus tard, Henri Verneuil réalisera le film: "Les amants du Tage" d'après un roman de Joseph Kessel, avec Françoise Arnould et Daniel Gélin et surtout la voix et la magnifique présence d'Amàlia Rodrigues.
Plus tard, encore bien plus tard, aujourd'hui, presque rien n'a changé.
Tout ça peut faire un bout de chanson.
 
  
 
LISBONNE AU SOLEIL 

De quoi demain sera t'il fait?
De ta voix ou de tes pas
Sur les pavés blancs
Et qui demain se souviendra
Du passage des amants. 

Sous les toits de Lisbonne, au soleil
Fuyait l'ombre des rues
Et sur la mer de paille, on voyait
Au loin des bateaux 

De quoi demain sera t'il fait?
De ta voix ou de tes pas
Sur les pavés blancs
Et qui demain se souviendra
Du passage des amants. 

Dans le tabac d'en face, on parlait
Des chemins du rêve
Du mystère des choses et des mots
Qui ne disent rien. 

De quoi demain sera t'il fait?
De ta voix ou de tes pas
Sur les pavés blancs
Et qui demain se souviendra
Du passage des amants.

La mort moisit les murs et blanchit
Les cheveux des hommes
Et par notre fenêtre on entend
Des trains dans la nuit. 

De quoi demain sera t'il fait?
De ta voix ou de tes pas
Sur les pavés blancs
Et qui demain se souviendra
Du passage des amants.

lundi 2 mars 2015


 
LISBONNE

Quelques jours à Lisbonne, ça vous change la tête et les yeux...
 
          « Je ne suis rien
          Je ne serai jamais rien
          Je ne peux vouloir être rien,
          A part ça, je porte en moi tous les rêves du monde. 
          Fenêtres de ma chambre,
          Ma chambre où vit l’un des millions d’êtres au monde dont personne ne sait
          qui il est
          (Et si on le savait, que saurait-on ?),
          Vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
          Une rue inaccessible à toutes pensées,
          Réelles au-delà du possible, certaine au-delà du secret,
          Avec le mystère des choses par-dessous les pierres et les êtres
          Avec la mort qui moisit les murs et blanchit les cheveux des hommes,
          Avec le Destin qui mène la carriole de tout par la route de rien…. » 
                                                           Fernando Pessoa
                                                                       « Bureau de tabac »