LES VINS DE
LOIRE
Les 20 de Loire sont, paraît-il, deux fois moins nombreux que les 40 voleurs. La
chose ne manque pas de faire naître une certaine inquiétude, d’autant que nous
venons d’apprendre que ces même 40 voleurs seraient deux fois moins nombreux
que les 80 chasseurs.
Y aura-il assez à boire pour tout le
monde ? On se perd en conjecture et les populations viticoles ligériennes se
barricadent dans leurs caves en envoyant des émissaires au gouvernement pour
obtenir la déclaration d’état de catastrophe naturelle.
Nous comprenons parfaitement que
beaucoup d’entre vous n’en aient strictement rien à faire et sont déjà passés à
l’ennemi entre Rhin, Rhône, Garonne ou tout autre nom de rivières, de ruisseaux
à leur convenance, nom propre ou commun de leur choix.
Qu’y pouvons-nous si cette tendresse
particulière pour les vins de Loire nous vient d’une jeunesse où le vol des fonds
de burettes d’enfant de chœur était balbutiements d’une éducation au plaisir et
les premiers symptômes d’une maladie d’amour incurable?
Bien sûr, il faut en convenir: tous
ces vignobles flirtant avec le cours de la Loire entre Roanne et Nantes, vautrés sur ses flancs ensoleillés
jusqu’à mourir au bord de son lit généreux, ça peut en irriter beaucoup !
Il en est même certains parmi nous qui commencent à trouver que le tintamarre des flonflons ligériens prendrait un curieux
accent de marchands du temple électoral.
Halte au terrorisme d’un cours d’eau
dont la sauvagerie n’aurait, paraît-il, pas d’égal dans notre belle France.
Et voilà que de nouveaux missionnaires
ne se sentant plus missionner depuis l’inscription de notre sauvage territoire au patrimoine
mondial de l’UNESCO voudraient labelliser à tout va nos populations poétiquement
égarées dans de jolies fêtes païennes.
Au dire de ceux qui se sont laissé
prendre, se faire labelliser, ça fait très mal ! Moi
même qui vous parle, j’ai failli subir l’infamie: je n’ai pas entendu le
Père Unesco s’approcher doucement par derrière. Fort heureusement, mon odorat
m’a sauvé car un Père Unesco, ça sent fort le patrimoine et quand c’est du
vieux patrimoine, ça sent encore plus fort, un peu comme un fromage de moine
trappiste, voyez-vous ?
On en viendrait même à nous
déclarer aujourd’hui avec une autorité
déconcertante que « Nul n’est censé ignorer la Loire » et donc par
voie de conséquence : « Au nom de la Loire, je vous
arrête ! »
Aussi, dès aujourd’hui, nous, citoyens
« sans foi ni Loire », nous nous déclarons à qui veut l’entendre,
définitivement « Hors la Loire », la leur, pas la nôtre !


