mardi 1 mars 2016


UMBERTO ECO ET JEAN-CLAUDE COUDOUY
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Umberto Eco nous a quittés il y a quelques jours. Un superbe film diffusé hier sur Arte lui était consacré.
Jean-Claude Coudouy, personnalité de la Culture Béarnaise, conteur, chanteur, homme de scène et « accessoirement » (c’est-à-dire 24 heures sur 24 !) boucher-charcutier dans sa vallée d’Ossau, était un de nos grands amis depuis 45 ans. Il nous a quittés il y a quelques mois.
Umberto et Jean-Claude étaient ensemble au milieu de nous, hier soir et voilà pourquoi :
 
Umberto Eco dans son livre "Sei passeggiate nei boschi narrativi" « Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs » (2005) a découvert une petite distraction "toponymique" dans « Les trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas.
Tous les mousquetaires vivaient dans le périmètre du quartier Saint-Sulpice (ou plus généralement "Faubourg St Germain", qui englobe ce quartier). La paroisse Saint-Sulpice était la paroisse des mousquetaires du roi.
Dans le roman d’Alexandre Dumas, D’Artagnan vivait «Rue Servandoni » qui, en réalité ne fut appelée ainsi qu’en 1806; Cette rue existait depuis 1425. Elle devint la rue du Fer à cheval en 1600 et rue des Fossoyeurs en 1620.
Jean-Nicolas Servandoni (1695 – 1766) est l’architecte du portail de l’église Saint- Sulpice. Il est né postérieurement à la période relative à l’histoire des trois Mousquetaires  qu’Alexandre Dumas fait commencer en 1625 donc à une époque où la rue Servandoni n’existait pas.
Dumas commença à publier les 3 mousquetaires en feuilletons, dans un journal parisien "le Siècle", en 1844, et ceci à destination d'un public plutôt populaire et parisien, et qui donc savait où se trouvait la rue Servandoni (mais pas forcément la rue des fossoyeurs) et pouvait donc "imaginer" et suivre les péripéties de D’Artagnan au travers d'une "géographie" de rues et de lieux qui leur soit familière car contemporaine.
C'est une bien modeste "liberté" que Dumas s'est permise là... 

Jean-Claude Coudouy, superbe conteur tant par son écriture que par sa joviale présence, présentait parmi les nombreuses histoires qu’il avait su inventer ou réécrire un « morceau de choix » comme le boucher qu’il était aurait pu dire.
Il s’agit de son fameux « Hilh de pute » qui, entre autre, lui permettait de décliner de multiples façons d’exprimer suivant les humeurs et les circonstances ce célèbre juron béarnais.
Parmi ces « circonstances » au cours de son histoire, il mettait en scène deux compagnons d’infortune, prisonniers des Allemands. L’un est plutôt pessimiste et l’autre,  malgré les circonstances voit les choses par le bon bout de la lorgnette.
Un jour arrive un colis destiné à l’un des deux. Il s’agit de victuailles envoyées du Béarn et que ce dernier détaille devant les yeux réjouis de ses amis prisonniers.
En particulier, se présente une bouteille de « Jurançon » A ce moment-là Jean-Claude regardait l’étiquette de la bouteille et avec un « Hilh de pute » admiratif déclarait : « 1947 !»
J’ai entendu cent fois cette histoire et à chaque fois, en pleine guerre 39 – 45, le Jurançon datait de 1947 ! Pendant très longtemps je n’ai pas voulu en faire la remarque à Jean-Claude et son public ne semblait pas dérangé par cette « distraction » suivant l’expression d’Umberto Eco à propos d’Alexandre Dumas.
Etait-ce, de la part de Jean-Claude, volontaire ou involontaire ?
Comme le public d’Alexandre Dumas savait où se trouvait la rue Servandoni mais pas forcément la rue des fossoyeurs, le public de Jean-Claude Coudouy savait la réputation des vins blancs de 1947 et en particulier des Jurançons et pas forcément celle des années précédant la Guerre (Les récoltes de 1935, 36, 37, 38 ? ne sont pas restées, semble-t-il, dans les mémoires)

Voilà ! Voilà pourquoi la jovialité d’Umberto Eco et celle de Jean-Claude Coudouy se sont retrouvées hier soir chez nous. Ils sont tous les deux là-haut, sans doute dans le quartier des raconteurs d’histoires qui se situe approximativement entre la rue  Servandoni à Paris et la rue du Bourguet à Laruns. Là-haut, Alexandre Dumas les y attendait depuis quelques années déjà.

 

3 commentaires:

  1. Ah,Laruns et Jean-Claude! La boucherie où nous nous sommes retrouvés, sagement avant nos randonnées pyrénéennes! Ses histoires sur la péniche des bords de Loire! Il nous passait le sel d'icelles. Bien des souvenirs d'éclats de rire. Et voilà que tu nous annonces cela, sans apprêt... Le souvenir sera ce que le survenir en fera. Qu'il reste...c'est tout ce qu'on lui demande.

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    2. Lorsque Jean-Claude nous a quitté, le 7 décembre dernier, nous étions, Hélène et moi, à l'autre bout du monde. C'est Aurèle qui a pris le relai de l'information auprès de notre entourage. Et puis...et puis, nous avions vraiment envie de garder l'encre pour des missives plus joyeuses. Puisque tu parles, Jean-Claude, de ce spectacle "Passe-moi l'sel" de la "Descente de Loire en chanson" 2008, je m'empresse de mettre sur notre blog une ou deux photos. "Le souvenir sera ce que le survenir en fera" Jean-François

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